Taux et causes des ruptures de contrat d’apprentissage
Un contrat d’apprentissage sur trois est rompu avant son terme, selon la Dares. Qui rompt, quand, pourquoi, et ce qu’un CFA peut lire dans ces chiffres.
Un tiers des contrats d’apprentissage est rompu avant son terme : 33 % des contrats commencés en 2022, selon les séries longues de la Dares publiées en février 2026. Le premier motif cité par les apprentis est un problème avec l’employeur ou le poste, et le risque varie du simple au double selon la taille de l’entreprise, et fortement selon le niveau de formation et le secteur.
Quel est le taux de rupture des contrats d’apprentissage ?
Deux chiffres circulent, et ils ne mesurent pas la même chose. Les séries longues de la Dares (extraction du 10 février 2026) distinguent :
- le taux de rupture brute, sur toute la durée prévue du contrat, hors ruptures des deux derniers mois : « En 2021 et 2022, le taux de rupture brute s’élève respectivement à 32 % et 33 % » ;
- le taux de rupture nette, sans retour en apprentissage dans les six mois suivant la rupture : 18 % contre 32 % pour les contrats commencés en 2021.
Le taux à neuf mois est le plus récent, parce qu’il n’attend pas la fin des contrats : « 22 % des contrats commencés en 2024 sont rompus au cours de leurs neufs premiers mois, un taux plus élevé qu’avant la crise sanitaire (17 % en 2019) ».
L’écart entre les deux vient des reprises : en 2021, 43 % des contrats rompus ont été suivis d’un nouveau contrat d’apprentissage dans les six mois, le plus souvent dans la même formation et la même spécialité (Dares, séries longues).
Quand les ruptures ont-elles lieu ?
Tôt, puis de nouveau à la fin de la première année. La Dares publie le délai avant la rupture par tranches de trois mois. Pour les contrats commencés en 2022, en cumulant ces tranches :
| Délai depuis le début du contrat | Contrats rompus (cumul) |
|---|---|
| 3 mois | 10,7 % |
| 6 mois | 16,4 % |
| 9 mois | 21,3 % |
| 12 mois | 27,7 % |
| 24 mois | 32,8 % |
Un tiers des ruptures a lieu dans les trois premiers mois, la moitié dans les six premiers. La Dares note aussi qu’un « second pic de ruptures survient au cours du dernier trimestre de la première année d’exécution », soit entre juin et septembre pour les contrats commencés en septembre, qui sont la majorité selon la Dares. La durée du contrat change la lecture : pour les contrats d’environ un an, « près de la moitié des ruptures interviennent dans les trois premiers mois ».
Nous avons détaillé la fenêtre des premiers mois dans avant le troisième mois et la règle des quarante-cinq jours dans notre article sur la période d’essai.
Qui rompt le plus ?
Les séries longues donnent le taux de rupture brute des contrats commencés en 2022, sur toute leur durée :
| Critère | Taux de rupture brute (contrats 2022) |
|---|---|
| Formation de niveau CAP | 40,4 % |
| Formation de niveau bac | 35,1 % |
| Formation de niveau bac+2 | 40,8 % |
| Formation de niveau bac+5 ou plus | 25,4 % |
| Entreprise de 0 à 4 salariés | 42,1 % |
| Entreprise de 250 salariés ou plus | 20,1 % |
| Hébergement et restauration | 51,1 % |
| Coiffure, soins de beauté | 47,0 % |
Le niveau bac+2 rejoint désormais le CAP. La Dares Analyses n° 43 (juillet 2024) le relevait déjà sur le taux à neuf mois : « En 2022, le taux de rupture à bac+2 (26 %) dépasse désormais celui des formations de niveau baccalauréat (23 %) ». La même étude observe une probabilité de rupture plus élevée pour les contrats signés avec des CFA qui accueillent des apprentis pour la première fois à partir de 2021 ou 2022.
Pourquoi les apprentis rompent-ils leur contrat ?
La source la plus détaillée est la Dares Analyses n° 63 (octobre 2024), qui a interrogé les apprentis entrés à la rentrée 2018 en CAP, bac ou bac+2. Parmi ceux qui ont rompu un contrat entre mi-2019 et mars 2020 :
- 65 % imputent la rupture, au moins en partie, à « un problème avec l’employeur ou le poste occupé » (mésentente, missions inadaptées, conditions de travail) ;
- 25 % citent un désintérêt pour le métier ;
- 9 % le souhait d’un meilleur contrat ou d’une meilleure rémunération ;
- 6 % des problèmes avec le centre de formation.
Plusieurs réponses étaient possibles, d’où un total supérieur à 100 %. Le chiffre de 65 % porte sur les apprentis ayant rompu, sur ce champ précis : il est souvent repris à tort comme « 65 % des ruptures ».
L’étude isole aussi les conditions qui font monter le risque, à caractéristiques égales : mauvaise ambiance, mésentente avec le maître d’apprentissage, manque de suivi, fait de ne rien apprendre de nouveau ou de se voir confier des missions inadaptées au diplôme. À l’inverse, l’accompagnement des parents réduit sensiblement le risque.
Qu’est-ce qu’un CFA peut en tirer ?
Le calendrier, d’abord : avec un tiers des ruptures dans les trois premiers mois et un second pic en fin de première année, les périodes où le suivi en entreprise compte le plus sont connues à l’avance.
Le motif ensuite. Le premier motif déclaré se situe dans l’entreprise, là où le CFA n’est pas présent au quotidien : l’information ne remonte que par l’apprenti ou par le maître d’apprentissage.
Enfin le départ du centre : dans la même étude, 81 % des jeunes qui ont rompu sans retrouver de contrat déclarent avoir quitté leur CFA immédiatement, alors qu’ils pouvaient y rester six mois. Voir l’apprenti sans employeur.
Le taux de rupture de chaque CFA est public (L6111-8), et le financement suit les jours réellement exécutés, comme le montre notre méthode de calcul du coût d’une rupture.
Questions fréquentes
Quel est le taux de rupture des contrats d’apprentissage en France ?
33 % des contrats commencés en 2022 ont été rompus avant leur terme (taux brut), et 22 % des contrats commencés en 2024 l’ont été dans leurs neuf premiers mois (Dares, séries longues, février 2026).
Quelle est la première cause de rupture ?
Un problème avec l’employeur ou le poste, cité au moins en partie par 65 % des apprentis ayant rompu un contrat entre mi-2019 et mars 2020 (Dares Analyses n° 63).
Quels secteurs ont le plus de ruptures ?
La Dares cite l’hébergement-restauration, la coiffure et les soins de beauté, et les industries alimentaires parmi les secteurs qui « continuent de se singulariser par des taux de rupture élevés » (Dares Analyses n° 43). Sur toute la durée des contrats de 2022 : 51,1 % en hébergement-restauration, 47,0 % en coiffure.
Un apprenti qui rompt abandonne-t-il l’apprentissage ?
Pas toujours : 43 % des contrats rompus en 2021 ont été suivis d’un nouveau contrat dans les six mois.
CFA Connect interroge l’apprenti à chaque période en entreprise et lui permet de signaler un problème, y compris anonymement, depuis son téléphone : c’est le canal par lequel le premier motif de rupture peut remonter au CFA.
Sources : Dares, séries longues « Le contrat d’apprentissage » (ruptures), 27 février 2026 ; Dares Analyses n° 43, juillet 2024 ; Dares Analyses n° 63, octobre 2024 ; code du travail, art. L6111-8.