Avant le troisième mois, un tiers de la casse est faite
Dares, contrats de 2022 : 10,7 % rompus en trois mois, 32,9 % sur toute leur durée. Un tiers des ruptures arrive avant le 3e mois, la moitié avant le 6e.

Les séries longues de la Dares (février 2026) décomposent les ruptures selon le temps écoulé depuis le début du contrat. Pour les contrats commencés en 2022, en cumulant les tranches de trois mois :
| Mois du contrat | Contrats rompus (cumul) |
|---|---|
| M3 | 10,7 % |
| M6 | 16,4 % |
| M9 | 21,3 % |
| M12 | 27,7 % |
| M24 | 32,8 % |
| Sur toute la durée prévue | 32,9 % |
Sur l’ensemble des ruptures, un tiers a lieu dans les trois premiers mois (10,7 points sur 32,9), la moitié dans les six premiers (16,4) et deux sur trois dans les neuf premiers (21,3).
La période probatoire n’explique pas tout
Les quarante-cinq premiers jours de formation pratique en entreprise permettent à chacune des parties de rompre librement (article L6222-18). Beaucoup de CFA en concluent que les ruptures précoces sont des erreurs de casting : mauvais métier, mauvaise entreprise, on recommence.
C’est vrai pour une partie. Mais dans l’enquête de la Dares sur les apprentis entrés en 2018, 65 % de ceux qui ont rompu un contrat en cours d’apprentissage l’imputent au moins en partie à un problème avec l’employeur ou le poste. Un jeune qui arrive dans une entreprise de quatre salariés, avec un tuteur débordé, des horaires qu’on ne lui avait pas décrits, et personne à qui le dire, ne quitte pas un métier. Il quitte une situation. Et il le fait dans les premières semaines, parce que c’est le moment où c’est le plus facile.
Ce que les CFA font déjà
Un entretien d’accueil. Une visite en entreprise dans l’année. Une réunion annuelle avec les maîtres d’apprentissage. Un livret d’apprentissage remis au jeune. Tout cela existe et compte. Mais le calendrier est décalé : la première visite arrive souvent après le troisième mois, quand la décision de partir est déjà prise.
Ce qui marche, mesuré
Le Céreq a évalué (Bref n° 301, 2012) une expérimentation menée par trois missions locales de Côte-d’Or, sur 1 102 apprentis.
À caractéristiques sociales, scolaires et d’entreprise équivalentes, le risque de rupture est divisé par trois quand le jeune reçoit une lettre d’information à l’entrée, et par quatre quand un tuteur lui est affecté dès le départ.
Ce ne sont pas des dispositifs lourds. Ce sont des gestes précoces.
Un parcours de quatre-vingt-dix jours
- Semaine 1 en entreprise : un questionnaire d’entrée. Comment ça se passe, qui est ton tuteur, quels horaires.
- Premier mois : un contact court chaque semaine en entreprise.
- Mois 2 et 3 : un contact toutes les deux semaines.
- À tout moment : une alerte automatique quand le jeune ne répond pas deux fois, et un appel du référent dans les quarante-huit heures.
Rien de tout cela ne demande un poste supplémentaire. Cela demande que le calendrier des contacts existe, qu’il soit tenu pour sept cents jeunes en même temps, et que ce qui a été fait soit daté. C’est précisément ce qu’un outil fait mieux qu’un tableur.
Le coût d’une rupture au deuxième mois, pour le CFA, se calcule au jour près depuis juillet 2025. Un article y est consacré.
Correction du 22 septembre 2026 : cet article affirmait dans son titre que la moitié des ruptures a lieu avant le troisième mois, et donnait une courbe cumulée qui ne correspond à aucune série publiée par la Dares. Le tableau reprend désormais les séries longues de la Dares : un tiers des ruptures avant le troisième mois, la moitié avant le sixième. Le titre, le chapeau et le texte ont été corrigés en conséquence.
Sources : Dares, séries longues « Le contrat d’apprentissage », onglet Délai avant la rupture, février 2026 ; Dares Analyses n° 63, octobre 2024 ; Céreq, Sécuriser les parcours des apprentis ; code du travail, art. L6222-18.